Le Sanctuaire National du Canada des Martyrs Jésuites Canadiens va célébrer en 2016 le 90ème anniversaire de l’ouverture de l’église actuelle sur la colline. C’est le seul sanctuaire national du Canada à l’extérieur du Québec. Un autre sanctuaire national qui a environ le même âge que le Sanctuaire des Martyrs est l’Oratoire Saint-Joseph, qui se trouve à Montréal, Québec.

La dévotion aux Martyrs avait prospéré bien des années avant qu’ils soient béatifiés en 1925. En 1907, l’archevêque de Toronto Denis O’Connor bénit une chapelle à proximité du site du martyre des Pères Jean de Brébeuf et Gabriel Lalemant, dans les limites de la paroisse de Waubaushene, à environ 12 km du sanctuaire actuel. Pendant 18 ans, des milliers de pieux pèlerins ont visité cet humble sanctuaire et séjourné à l’auberge du sanctuaire de 40 chambres, situées à proximité.

En Juin 1925, le Père John M. Filion, alors supérieur provincial des jésuites anglophones du Canada, a senti la nécessité d’un plus grand sanctuaire, qui serait plus proche à la fois d’une source d’eau pure et de Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons, la « maison de paix » des missionnaires. Il a donc acheté la ferme des frères Standin sur la colline, de l’autre côté du chemin de terre longeant les ruines de Sainte-Marie.

Agissant comme son propre architecte et contremaître, il a embauché à l’automne 1925 cinquante marins locaux et le toit fut en place à l’hiver. Une partie du bois de charpente provenait du sanctuaire de Waubaushene et le reste fut offert par des scieries au nord du lac Huron.

« Je voulais une église à la fois rustique et faite par un amateur et je suis sûr que tous les architectes de grande classe acquiesceront qu’elle est tout à fait rustique et l’œuvre d’un amateur », avait l’habitude de plaisanter le P. Filion dans les années ultérieures.

Conformément à cette visée rustique, il façonna le plafond comme un canot renversé. L’écorce de bouleau étant en quantité insuffisante pour couvrir tout l’intérieur, il choisit un substitut durable, un contreplaqué de peuplier de Colombie-Britannique appelé Lamatco.

Avec la pierre de parement posée sur l’église par Reuben Webb, l’édifice sur la colline a toujours eu belle allure. L’artisan a utilisé la pierre « Longford » de la rive Est du lac Simcoe.

La vieille église Saint-Pierre de la rue Bathurst à Toronto ayant été remplacée, le sanctuaire a obtenu les trois autels, la table de communion, les rosaces et les bancs. La même année, la cathédrale de London, en Ontario, était rénovée et l’architecte se débarrassa des quatorze stations du Chemin de Croix, qui sont désormais devenus l’un des principaux ornements de notre église. Nous avons également obtenu les vitraux de la cathédrale. Ils ont été peints en Allemagne. Ils nous sont parvenus gratuitement.

Bien sûr, il y eut des frais pour l’érection de cette magnifique église. Plusieurs évêques de l’Ontario ont ainsi organisé des collectes diocésaines pour aider à payer les factures.

Le sanctuaire a été consacré le 25 juin 1926 par le cardinal O’Connell de Boston. Il est arrivé à Midland sur le navire de croisière « South American », après avoir assisté au Congrès eucharistique de Chicago. Jusqu’à 500 Bostoniens se sont rendus, principalement en train, au sanctuaire flambant neuf. Le lendemain, dimanche, 10 000 pèlerins se sont rassemblés devant l’église pour une messe pontificale célébrée par Archevêque Neil McNeil de Toronto. Cinq autres évêques étaient présents, et l’évêque Michael Fallon de London a prêché le sermon sur les marches extérieures.

Près de quatre ans, jour pour jour, plus tard, alors que le pape Pie XI canonisait les huit martyrs du Canada dans la basilique Saint-Pierre de Rome, une autre vaste assemblée se rassembla devant l’autel à la douzième Station de la Croix, sur la colline surplombant la baie Géorgienne. A nouveau l’archevêque McNeil célébra une messe d’action de grâces, et cette fois Mgr Joseph O’Sullivan, recteur du séminaire Saint-Augustin de Toronto, prêcha.

En ces jours-là, la plupart des pèlerins venant du sud de l’Ontario arrivaient par un train d’excursion qui s’arrêtait à côté de Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons. Le Père Thomas Lally SJ, directeur du sanctuaire de 1927 à 1953, suivait la croix de procession et conduisait chaque pèlerinage jusqu’à la grande colline. En 1936 et 1937, il organisa des reconstitutions historiques sur les Martyrs qui attiraient des foules de gens simples. Mais il y eut aussi d’autres journées estivales, au long des années, où il accueillit des rois, des gouverneurs généraux, des délégués apostoliques, des premiers ministres fédéraux et provinciaux et des foules d’évêques.

À la fin de la Grande Dépression, il fallut au directeur trois années d’appel aux dons dans la revue « Message du Sanctuaire des Martyrs » pour rassembler la somme de $ 4 000 afin d’acheter Sainte-Marie à un homme d’affaires local. C’était une priorité absolue. Le site de la « maison de paix » étant à nouveau propriété des jésuites en 1940, le P. Lally voulait que les archéologues se mettent au travail. Il encouragea ainsi d’abord le professeur Kenneth Kidd du Musée Royal de l’Ontario et, ensuite, le professeur Wilfrid Jury, à superviser des équipes de fouilleurs – auxquels il fournissait le gîte et le couvert à l’auberge du sanctuaire. La plus grande découverte des fouilles survint en août 1954, quand le Père Denis Hegarty SJ, l’un des pères au service du sanctuaire, découvrit dans la chapelle des indiens une plaque de plomb : «Père Jean de Brébeuf bruslé par les Iroquois le 17 de mars, l’an 1649.»

C’était cinq ans après les célébrations du tricentenaire de la mort de ces martyrs. Un train rempli de pèlerins était arrivé de la ville de Québec avec l’archevêque Maurice Roy, portant lui-même le crâne de Brébeuf, qui parvint en haut de la colline en une procession solennelle. Le premier ministre Robert Schuman de la France était là aussi. Le cardinal James McGuigan de Toronto présida la réception d’ouverture. Plus mémorable pour certains d’entre nous en cet été 1949 fut le spectacle « Salute to Canada », écrit et mis en scène par le Père Daniel Lord SJ, de Saint-Louis, Missouri. Les chiffres étaient impressionnants: quatre nuits, 25 musiciens de l’ Orchestre Symphonique de Toronto, 500 acteurs, y compris les danseurs Volcoff, 40 000 spectateurs captivés. Certains soirs, il plut dans la région, sauf sur la colline où se tenait le spectacle !

Au 26ème anniversaire de son mandat de directeur, le Père Lally décéda au Sanctuaire en octobre 1953.

Le Père John McCaffrey SJ fut le directeur pendant les quinze années suivantes. En 1964, les jésuites négocièrent un accord entre la Province Jésuite du Canada Anglophone et le Gouvernement de l’Ontario, selon lequel le site historique de Sainte-Marie et le terrain attenant sur le côté sud de l’autoroute 32 étaient loués au Gouvernement Provincial pour 100 ans et pour le montant d’un dollar. En contrepartie, le gouvernement s’engageait à reconstruire et à exploiter Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons.

Le Père Angus Macdougall SJ, directeur de 1970 à 1974, fit des recherches et écrivit une multitude de brochures sur les Martyrs. Il fit aussi démolir l’auberge de 124 chambres, pour prévenir le risque d’un incendie. Le directeur suivant, pendant cinq ans, fut le Père Winston Rye SJ. Il érigea un cairn (amas de pierre) en l’honneur de la foi des amérindiens, marquant ainsi une relation appropriée entre les amérindiens et les missionnaires. La journée annuelle de prière pour les Amérindiens au Sanctuaire date de cet événement. Le P. Rye a été suivi à l’automne 1978 par le Père Edwin Merchant SJ, qui développa la dévotion à la bienheureuse Kateri Tekakwitha, nouvellement béatifiée, et érigea une statue en son honneur.

Le Père James Farrell SJ dirigea le Sanctuaire à la suite du Père Merchant. Il aménagea tout d’abord une grande salle sous l’église, le « Centre Filion », malgré certains opposants qui déclaraient que l’opération provoquerait l’effondrement de l’église. Ensuite – événement le plus illustre des 80 années d’existence du Sanctuaire –, il accueillit en septembre 1984 le Pape Jean-Paul II. Celui-ci, s’adressant par la télévision au Canada et au monde, déclara que « le Sanctuaire des Martyrs est un lieu de pèlerinage et de prière, un monument célébrant les bénédictions de Dieu dans le passé, une source d’inspiration quand nous regardons vers l’avenir.

En 1992, pour marquer le 150ème anniversaire du retour des Jésuites au Canada, les Jésuites de Québec offrirent au Sanctuaire des Martyrs la précieuse relique du crâne de Saint Jean de Brébeuf. En présence de l’archevêque Aloysius Ambrozic de Toronto, le Père René Latourelle SJ de Québec dit à l’assemblée, de l’autel papal : « Ici Brébeuf était et est toujours pleinement chez lui. »

Chaque année, des pèlerins – individus, organisations, écoles, paroisses, diocèses – viennent au seul Sanctuaire National du Canada en dehors du Québec. Ils viennent en convois de voitures, ou en autocars, ou seuls, même à pied. Leur nombre a atteint à une époque 200 000 par an. Aujourd’hui encore quelque 100 000 pèlerins visitent ce sanctuaire national. De petits sanctuaires érigés par des groupes nationaux ou ethniques partout sur les terrains sont des points de rassemblement pour d’énormes pèlerinages qui incluent des processions, des messes à flanc de colline, des chants et des prières en plus de 20 langues.

Après la mort du Père Farrell en 1996, le directeur suivant fut le Père Don Beaudois SJ (1996-2000). Il a été suivi par le Père Robert Wong SJ (2000-2004). Aujourd’hui, le directeur est le Père Alex Kirsten, SJ.

Au cours de ces nombreuses années, des pèlerins venus de près ou de loin ont prié dans l’église rustique du P. Filion lors des quatre messes quotidiennes en langue anglaise. Les paroles de notre Saint-Père résonnent encore depuis la colline: « Rappelons-nous un instant ces saints héroïques qui sont honorés en ce lieu et qui nous ont laissé un précieux héritage. »

Garder l’histoire vivante

Le sanctuaire a son propre archiviste, l’enseignant et bénévole Steve Catlin, qui tient à jour ses dossiers et registres. « Outre les deux guérisons reconnues qui ont permis la canonisation des Martyrs en 1930, le sanctuaire détient littéralement des milliers de lettres de pèlerins qui signalent une guérison ou une faveur obtenue par l’intercession des Martyrs. »

Catlin dit qu’il a connu des gens qui ont été guéris de maux de dos et de jambes après avoir prié et placé leurs mains sur l’un des reliquaires. Sa propre mère, qui avait perdu conscience pendant trois jours suite à une mauvaise chute, a récupéré rapidement, croit-il, une fois qu’elle a été en contact « avec un tissu qui avait été touché par les os des martyrs. »

Les archives détiennent des photographies telles que celle de Gerald Henry qui, en 1928, fut « instantanément guéri du bégaiement au moment où il était béni avec les reliques ». Un numéro de 1939 de l’hebdomadaire « Montreal Standard » est rempli des noms et adresses de personnes assurant être guéries d’affections telles que la paralysie infantile, les maladies cardiaques et même le goitre. Aujourd’hui, de telles informations sont traitées avec beaucoup plus de discrétion.